• Le 20 mai 2020
    false false
  • Cet article a été co-redigé par l’équipe Disrupt’ Campus Nantes.

Nous sommes le 20 mai. Nous venons de vivre les dix premiers jours de déconfinement, signe de liberté pour beaucoup d’entre nous. Les 55 jours du confinement nous ont permis d’explorer de nouvelles idées, d’envisager des nouveaux projets, d’apprendre de nouvelles façons de faire.

Voici un retour d’expérience de l’équipe Disrupt’ Campus Nantes en ce jour où nous devons, nous aussi penser à une évolution de notre programme et avant tout s’inspirer. 

L’innovation face à la distanciation physique 

Entre le 17 mars et le 11 mai, nous avons suivi, testé et exploré diverses solutions qui ont rassemblé plus de 55 000 participants* - à distance - imaginant plus de 7 000 solutions innovantes dans la lutte contre la Covid-19. 

Que ce soit via les hackathons, les webinaires, les événements maintenus en distanciel, nous avons gardé notre cap: être dans le mouvement.

Des six hackathons** auxquels nous avons participé, plusieurs conclusions communes semblent émerger à travers ces expériences.

1. La première est que le travail à distance ne peut pas remplacer avec le même espoir de réussite le travail en présence. Les processus de travail liés à l’innovation et pratiqués pendant les hackathons physiques nous font beaucoup penser aux synergies et dynamiques créées autour des espaces de coworking. Il est bien connu, dans le monde des startups, que les énergies créatrices regroupées dans un même espace pendant un temps limité (ndlr un hackathon est une sorte de confinement moins stricte) facilite l’idéation. La proximité physique, la rencontre, le travail d’équipe en présentiel sont primordiaux pour la bonne marche d’un projet. Dans Disrupt’ Campus Nantes, nous avons vu les équipes se souder au fil de l’eau grâce aux moments de travail en commun et aux expériences partagées, comme la montée en avant-première sur l’Imoca d’Armel Tripon lors de sa mise à l’eau.

L’équipe d’étudiants + collaboratrice autour du projet Neptune lors du lancement à l’eau de l’Imoca Occitane, le 2 février 2020

équipe-neptune-dcn

Raphaël Suire, responsable pédagogique du Diplôme inter-universitaire “Innovation et transformation numérique” porté par Disrupt’ Campus Nantes et Professeur de Management de l’innovation à l’IAE, rappelle dans une tribune sur “Les espaces de coworking survivront-ils au coronavirus ?” publiée dans Les Echos le 12 mai, que “le moment de cocréation (...) reste très ancré dans le langage du corps et dans une expérience sensible qui consiste à échanger des signaux, des intuitions, de l’énergie”.

Après une expérience de mentor dans le plus grand hackathon organisé contre la Covid19, le EUvsVirus, rassemblant plus de 20 000 participants, il rajoute : “il reste à démontrer que cette virtualisation de projets émergents et l’usage massif d’outils numériques ne se fait pas au détriment d’une certaine forme de lâcher prise et de spontanéité“. C’est bien là tout le défi. Comment fondre l’informel du processus d’idéation dans un outil numérique ? C’est un peu plus simple de faire se côtoyer des Zoom, Slack, Miro, Google drive lorsque, collectivement, l’on sait un peu où l’on va, que l’on a codifié quelques briques du projet.

Nous n’oublions pas de souligner l’immense organisation qui se cache derrière un tel événement. Maria Toader, chargée d’animation Disrupt’ Campus Nantes, a participé au défi autour de l’éducation en ligne dans EUvsVirus et en retire une expérience unique: 

“Malgré la taille gigantesque de l’événement, l’organisation a été réussie et les outils ont été bien présentés . De nombreux canaux et hashtags créés sur Slack permettaient aux participants de se retrouver par thématique, par pays, par challenge. J’ai énormément apprécié les lives avec des stakeholders et des acteurs européens et le travail en équipe interdisciplinaires et, par dessus tout, interculturelles!”

Sur les 2160 projets proposés lors de ce méga-hackathon, 6 ont été déposés par des équipes nantaises. Leur description détaillée est disponible sur le site de RFI Ouest Industries Créatives, partenaire local de ce challenge européen .

2. La deuxième conclusion que nous pouvons tirer confirme l’importance de l’innovation dans la résolution de toute problématique, y compris sanitaire, sociétale et économique. La majorité des solutions proposées par les participants se regroupait dans quelques domaines : la santé, la création de lien, les circuits courts, les transports et la continuité pédagogique/l’éducation.

Cécile Tijou, alumna de la première promotion Disrupt’ Campus Nantes 2018-2019 et diplômée de Master à l’Ecole de Design Nantes Atlantique en 2019, exprime son retour d’expérience après avoir participé à Hack The Crisis avec un projet sur le lien social.

“Nous avions 48h pour répondre à une des thématiques sur laquelle nous nous étions positionnées. (thème : le lien social) J’ai réalisé ce projet avec deux amies designer, Louise et Ophélie. (...) C’est d’ailleurs via Youtube et Discord que nous avons pu échanger .

Nous avons ensuite entamé le travail en équipe, par visio, afin de rendre un document synthétique de 6 pages le dimanche à 18h ainsi qu’une vidéo de présentation. Les livrables devaient présenter : notre business plan, notre proposition de valeurs, étude de terrain et retour utilisateur. On y a retrouvé l’ambiance chaleureuse avec des réveils dynamique, sportif, du yoga en fonction des jours, cela fait d’ailleurs parti des points positifs : une organisation très dynamique.

Les deux journées de samedi et dimanche ont été ponctuées par des ateliers autour de certains outils (design thinking, prototypage, growth hacking) réalisés en ligne par des professionnels, start-ups. Des mentors nous ont été attribués en début de week-end afin d’avoir un avis « expert » ou de pouvoir être orientés dès que nous en avions besoin. Nous les retrouvions sur discord tout comme l’organisation étudiante, qui a été très présente et réactive tout au long du w-e.  (...) Ce fut une expérience assez intense, nous ne pensions pas nous investir autant en étant à distance, et pourtant avec les outils que l’on a, nous avons pu être impliqué de A à Z dans cet hackathon.” 

Le curseur tend à montrer que l’innovation reste un moyen intéressant d’apporter des réponses communes à des problèmes graves et que son impact ne doit pas être négligé. Malgré la distance et l’absence de dynamique relationnelle, le but commun, dans le contexte actuel de lutte contre la COVID19, permet de populariser une démarche entrepreneuriale et d’innovation, qui plus que jamais, peut faire émerger des solutions nouvelles à des crises économiques, sanitaires et écologiques. 

3. Le principe de base d’une innovation agile est d’obtenir des prototypes de solutions rapides et applicables, d’abord dans une petite dimension (en terme d’usagers, ou de territoire) avant d’imaginer le passage à l’échelle. En temps de crise, il faut systématiser cette attitude et s’aider des outils numériques qui doivent jouer le rôle de facilitateur. 

Mathieu Perhirin, responsable Disrupt’ Campus Nantes, a recensé les outils nécessaires après avoir participé au Hacking Health Besançon et au Techstars Global Online Startup Weekend.

  • Une plateforme (Sparkboard, Agorize, Bemyapp, Airtable, Devpost) 
  • un espace de live (YouTube Live, Facebook Live, StreamYard)
  • un espace de discussion (Slack, Discord)
  • une solution de visio (Zoom, Jitsi, Google Meet)
  • un espace de travail créatif (Jamboard, Mural, Miro), 
  • un espace d’organisation et de gestion de projet (Notion, Trello, Asana)
  • un espace fichiers (Google Drive, Dropbox)
  • des solutions de transfert de fichier (Wetransfer, FromSmash) 
  • un système de téléphonie (OVH)
  • des outils de prototypage (MarvelApp, Balsamiq, Bubble, InVision)
  • des méthodologies (Lean Canvas, Design Thinking, Business Model Canvas, Growth Hacking) 
  • un espace de networking virtuel (Remo)

“Les hackathons, même à distance, demandent une capacité d’adaptation de la part des organisateurs et des participants. Par exemple, les organisateurs du Hacking Health Besançon, un hackathon orienté santé appuyé par un réseau international fort et des établissements de santé, ont décidé de faire durer les projets dans le temps pour les laisser se déployer (passant d’1 semaine à 1 mois). Les 7 projets aboutis ont été remis aux établissements de santé. 

L’édition inédite du Startup Weekend en ligne a confirmé l’importance d’une bonne organisation agile dans un timing très (trop) restreint : les facilitateurs qui viennent rythmer les journées/nuits, les mentors qui boostent les équipes, le respect des délais, des canvas pour le pitch final et les idées inédites font partie de l’ADN de cet événement marqué TechStars.  Nous mettons en avant aussi la cohérence entre les thématiques traitées par le SW et les Global Goals de l’ONU.”

4.  La dernière conclusion que l’on extrait de ces expériences virtuelles est la même que pour les hackathons physiques. Sur les 7000 idées produites, combien vont être réellement accompagnées et développées ? 

Même si toutes les idées ne sont pas mises en place, il s’avère extrêmement intéressant, pour les entreprises, écoles et universités, de proposer ce format 100% en ligne sur des durées d’une semaine à un mois (chaque équipe ayant un pilote qui fasse le lien entre l’équipe et l’organisation) pour identifier des sujets, des idées et commencer à construire des équipes. Mais il ne faut pas s’arrêter là ! Il faut proposer un accompagnement pour le développement de la solution avec des facilitateurs et coachs/mentors qui viendraient rebooster les équipes régulièrement. 

Ce nouveau format 100% en ligne est une bonne pratique à conserver sans pour autant le généraliser. Un week-end en physique est beaucoup plus enrichissant et productif qu’un hackathon en ligne où, qui plus est, les participants ne se connaissent pas. N’oublions pas que, conformément à la théorie des équipes, le format en ligne est idéal pour des équipes déjà formées et qui sont habituées à travailler ensemble ou dans ce type d’événement.

La promotion 2019-2020 à la Halle 6 pour un échauffement collectif
promo-dcn-2019-2020

Comment ferions-nous pour la suite ? 

Tous ces retours d’expériences confirment notre volonté de proposer des solutions, à notre rythme et à notre façon bien connue d’open innovation, de mise en avant de l’intrapreneuriat et de l’interdisciplinarité.

Pour la suite du programme (petit rappel, nous existons depuis 2017 et arriverons à notre 4ème promotion en septembre 2020), les chemins à explorer nous amèneront sur de nouveaux terrains. Et nous aimerions que vous, entreprises, professionnels, collectivités et institutions publiques, en fassiez l’expérience.

Avant l'épisode Covid, nous avions déjà engagés des travaux pour faire évoluer le format pédagogique de Disrupt’ Campus Nantes en y injectant une dose "d'e-learning". L'expérience full distancielle (apprentissage et production collaborative) que nous avons collectivement vécue en confinement renforce notre conviction: la clé est de trouver le bon niveau d'hybridation, selon Grégory Delemazure, co-responsable pédagogique Disrupt’ Campus Nantes sur la partie e-learning et intrapreneuriat.

Côté apprentissage, suivre un cours filmé/retransmis en l'état (non monté ni scénarisé) n'est pas efficace, ça ne peut être qu'un ersatz en confinement. Un cours ça se vit et c'est heureusement toujours différent, car l'intervenant, l'audience et le contexte changent d'une session à l'autre. 

Les MOOC qui fonctionnent en solo face à l'écran n'ancrent pas la compréhension et encore moins la pratique. La modération, l'évaluation par les pairs ne suffisent pas à combler le présentiel: la clé est de découvrir à distance puis d'approfondir en ligne de la "matière" à vivre en salle, en groupe, les mains dans “le cambouis” des projets.

Ainsi, pour la rentrée 2020, nous produirons des capsules très séquencées ciblées sur des points méthodologiques ou des concepts précis illustrés par de cas vécus par l'intervenant. Concrètement, nous passerons 20/25% (12-15h sur 60h) en contenus en auto-apprentissage inséré dans une plateforme d'e-learning (sur Moodle - une plateforme open source bien connue dans le milieu des universités). 

Les participants visionneront ces séquences avant des temps collectifs (en équipe) les mardis Disrupt’ Days pour asseoir un apprentissage individuel. Ces capsules resteront à disposition des apprenants qui pourront y retourner suivant leur propre rythme d'apprentissage. L'intervenant pourra alors effectuer un cours "tutoré" beaucoup plus efficace. 

Au moment où nous écrivons ces lignes quelques doutes subsistent sur le format et la jauge définitifs, mais nous sommes certains de la création des groupes interdisciplinaires de 5-6 étudiants et collaborateurs.    

Côté projet dans une boucle Design Thinking, vouloir réaliser les activités d'immersion terrain, d'idéation et de prototypage uniquement en ligne fait perdre toute la richesse du foisonnement, de la convergence/divergence de la co-création comme nous l’avons constaté à travers nos expériences des hackathons en ligne. 

Aucune expérience ne peut émerger en absence du contact par la main de la matière humaine et du produit: vouloir innover derrière un écran (même avec la débauche de Zoom, Klaxoon Miro, Mural et autre) ça ne marche PAS car chacun reste dans sa zone de compétences et de pensées. Et ce n'est pas non plus parce que votre Trello ou Slack est bien tenu que le projet avancera bien ! 

Notre position est donc d’intégrer des outils numériques sur trois registres : Projet, Communication, Créativité ajustés au contexte des projets. Notre modèle hybride, qui comprend l’utilisation de "l'intrapreneur Board" à distance, va nous permettre au delà d’une innovation pédagogique, la limitation de l’usage du bon vieux post-it et non pas sa suppression !

Comment pourriez-vous apporter votre contribution à nos côtés? 

Disrupt’ Campus Nantes souhaite, à travers le travail des équipes interdisciplinaires d’étudiants et la nouvelle pédagogie hybride, développer une édition spéciale "Améliorons le monde d’après" pour la promotion 2020/2021.  

Notre territoire recèle d’idées et de compétences. Ces derniers 55 jours nous ont démontré que nous avons la capacité de travailler collectivement. 

Pour cette édition, nous souhaitons transmettre cette dynamique à nos étudiants et accompagner des projets collectifs qui ont du sens afin de les faire passer de l’idée à l’action concrète. Ces projets seront des sujets d’intérêts communs innovants et impactants issus de collectifs inter-organisations.

bandeau-ami-dcn-26juin

Proposez-nous votre idée avant le 26 juin par mail à disruptcampus@univ-nantes.fr ou par téléphone Mathieu Perhirin : 06 45 85 21 02.

Les collectifs pourront réunir des entreprises de toutes tailles, des collectivités, des structures publiques, des associations, des indépendants,…

Les sujets retenus devront répondre aux thématiques suivantes :

  • Santé 
  • Transports
  • Environnement - Écologie 

Les équipes interdisciplinaires de 4 à 5 étudiants*** (ingénierie, design, management, économie, droit, humanités, sociologies, etc. ) accompagnées par vos collaborateurs (sur les compétences métiers) auront 4 mois pour co-construire des réponses créatives et innovantes adaptées aux enjeux stratégiques des collectifs.

Afin d’alléger le parcours, les collaborateurs des collectifs ne seront pas diplômés et ne seront pas dans l’obligation de participer à toutes les séances proposées aux étudiants. Une implication à distance est également envisageable à travers des outils collaboratifs. 

A propos de Disrupt’ Campus Nantes : entre 2017 et 2020, nous avons accompagné 13 projets d’innovation et de transformation sur les Pays de la Loire (Loire Atlantique, Mayenne, Maine et Loire, Sarthe) et formé 77 étudiants (dont 10 collaborateurs). 

Vidéo promotion 2019-2020



Le programme Disrupt’ Campus Nantes propose un parcours dédié à l’intrapreneuriat et au pilotage de projets en open innovation pour accompagner les problématiques de transformation. 

Notre dispositif permet de se former à la culture numérique et aux nouvelles pratiques de l’innovation (Créativité, Design Thinking, Lean Startup, Open Innovation, Business Model Canvas, Lean Canvas). 

Nous prendrons rapidement contact avec vous pour échanger. Les sujets seront ensuite sélectionnés par un comité de sélection avant d’être proposés aux étudiants.

Merci pour votre intérêt et votre engagement !

 *plus de 100 000 participants recensés sur l’ensemble des hackathons réalisés sur les 2 mois de confinement
**1/Hackathon Hacking Health Besançon du 23 mars au 20 avril, 175 participants, 12 projets
2/ COVID-19 Global Hackathon 1.0 organisé par l’Organisation mondiale de la santé du 26 mars au 10 avril, 18 920 participants, 1561 projets
3/ Startup Weekend mondial du 24 au 26 avril, 14 500 participants,3 000 projets
4/ Hack the crisis organisé par Techforgood du 17 au 19 avril, 71 projets
5/ EUvsVirus organisé par la Commission Européenne du 24 au 26 avril, 21000 participants, 2160 projets autour de 7 domaines:  santé et vie, continuité des affaires, télétravail et éducation à distance, cohésion sociale et politique, finance numérique, autres défis.
6/ Act4New organisé par Syntec Numérique du 30 avril au 17 mai autour de 2 volets: idéathon et hackathon. 50 participants, 10 projets
***étudiants de l’Université de Nantes, de l’Ecole de Design Nantes Atlantique et de l’Ecole Centrale de Nantes